Frédéric Guthmann : discours du président lors de l’inauguration de l’exposition

Monsieur le Maire, Madame le maire Adjoint, Mesdames et Messieurs les représentants des cultes, chers amis,

Lorsque mon ami et complice de longue date, André Heckendorn, m’a proposé de prendre la présidence de l’Association connaissance du patrimoine cultuel mulhousien, j’avoue avoir hésité. Tout d’abord cela me renvoyait 25 ans en arrière, lorsque je succédais à Bernard Jacqué à la tête de l’Association connaissance du patrimoine mulhousien, en 1992. Ensuite, et plus sérieusement, parce que l’objet de cette association dont la création était imminente, me posait problème. Publier un livre en ce début de XXIe siècle sur les lieux de cultes n’est pas chose anodine. Le contexte institutionnel, la suppression de l’Alsace et la remise en cause tacite de son régime cultuel, les tensions religieuses au niveau national, en un mot la sensibilité d’un tel sujet avait de quoi refroidir les plus nobles ardeurs.

Et pourtant, j’ai accepté.

Un projet unique et innovant

J’ai accepté de prendre cette responsabilité, de relire toutes les notices, de voir se construire, petit à petit, cet incroyable projet.

Je tiens tout d’abord à rendre hommage à André Heckendorn pour tout le travail accompli. Porter un tel projet est herculéen. Je tiens à féliciter le photographe pour la qualité des prises de vue et le travail de composition de l’ouvrage. Je tiens également à remercier M. le Maire de Mulhouse, qui a permis que cette exposition puisse se tenir en ces lieux. Je remercie et félicite enfin les auteurs de toutes les fiches qui nous ont permis, de manière synthétique, de présenter ces panneaux qui se veulent didactiques.

Le projet, je l’ai déjà dit, paraissait déraisonnable. C’est à dessein que je reprends le terme, emprunté à Louis Aragon dans un fameux poème décrivant un temps éponyme. Il l’a été, il l’est toujours. Mais c’est précisément ce caractère hors norme qui en fait tout l’intérêt.

A ma connaissance, aucune ville ne dispose d’un tel répertoire, d’un tel ouvrage de référence à paraître à l’automne, et dont cette exposition donne un aperçu flamboyant.

Il y a longtemps, malheureusement, que Mulhouse n’est plus le grand centre industriel qu’elle a été, la ville aux 100 cheminées. C’est néanmoins une ville de 111.000 habitants, issus de plus de 130 nationalités.

Il n’est donc pas surprenant, même si le chiffre est considérable, que cette cité compte plus de 80 lieux de culte.

Mulhouse, creuset de diversité

Cette diversité, cette richesse exceptionnelle, caractérisent une ville au destin hors du commun.

L’esprit d’ouverture de la bourgeoisie industrielle au XIXe siècle a été déterminant pour expliquer une cohabitation relativement consensuelle des membres des différentes confessions, et ce jusqu’à la période contemporaine.

Ne tombons cependant pas dans la candeur. L’irénisme est difficilement compatible avec la réalité sociale, faite de tensions que sous-tendent les inévitables rapports de force.

La ville, espace de tensions et de fusion

Les notices qui constituent l’ouvrage sur les lieux de culte permettent de suivre ces lignes de fractures, mais également ces convergences qui font d’une ville un organisme complexe, fort dans la complémentarité de ses patrimoines intellectuels et ses savoir faire, mais faible dans ses divisions. Elles décrivent les phases de doute, celles de certitudes, les espoirs et les attentes d’une communauté urbaine plurielle. Elles révèlent aussi le besoin de solidarité, l’entraide et l’humanité des différents groupes sociaux, culturels et religieux entre eux.

Les grands mouvements décrits au fil des pages, sont ceux de l’émancipation de la bourgeoisie urbaine au Moyen âge, son choix, audacieux mais constant, d’un chemin solitaire durant toute la période moderne. Mulhouse est alors isolée, alliée des Suisses en terre habsbourgeoise, ilot protestant face à l’Autriche, puis au roi de France. L’ouverture d’une élite industrielle protestante aux Lumières du XVIIIe siècle a grandement facilité un développement relativement apaisé de la ville durant deux cents ans, que ce soit au plan économique, social comme religieux.

Le passant peut découvrir les lieux de cultes de Mulhouse en regardant leurs façades, en y entrant, parfois en y écoutant des concerts. Ces lieux sont ceux du recueillement et de l’expression de la foi individuelle. Ils sont également ceux des événements de la vie sociale, du cycle de l’existence et des rites de passages, du berceau au tombeau. C’est d’ailleurs souvent à cette occasion que nous les découvrons.

Le livre à venir : une nouvelle lecture de Mulhouse

Les notices offrent une autre vision de la ville. Certes, le patrimoine architectural y est décrit avec talent, le mobilier liturgique, les orgues, les œuvres d’art également. Mais plus encore, ce sont des pans entiers de notre vie collective que s’y reflètent.

Les strates successives d’immigration, les doutes théologiques, les tensions politiques, l’histoire dramatique de l’Alsace s’y lisent, s’y devinent, éclairent l’histoire des lieux et des hommes.

Le choix éditorial de confier aux responsables des différents lieux de culte le soin de les décrire offre l’opportunité rare de fixer la mémoire d’une période complexe, celle que nous vivons. La lecture du livre peut bien entendu ne comporter que la consultation de l’une ou l’autre fiche. Lire l’ensemble des notices permet, bien au-delà du simple cas mulhousien, d’avoir une idée concrète des bouleversements que connaît notre société mais également de les relativiser.

Mulhouse, comme toutes les villes au demeurant, est terre d’immigration. Selon l’époque, selon les besoins économiques, les populations qui se sont installées ici ont apporté leur culture, leurs croyances, leurs rêves aussi. En un mot, elles ont construit la communauté urbaine de leur humanité.

Conclusion : la photographie unique d’un moment marqué par une mutation rapide

Si je devais traduire le sentiment que j’ai éprouvé à la lecture de cet ouvrage, outre un réel choc esthétique, c’est bien ce foisonnement constructif. Cela ne doit pas, au demeurant, faire oublier que ce temps est déraisonnable… et qu’il faut rester vigilant pour que le fragile tissu que constitue notre espace collectif de vie conserve sa souplesse, sa capacité à être tissé sans rompre ni se déchirer.

Je vous remercie pour votre attention

Frédéric Guthmann

Président

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